Lettre à mamie Odette
Nota. Il y a 10 ans, ma grand-mère était mise en terre ; l'ultime de mes grand-parents. Beaucoup de choses se sont passées pendant ces dix dernières années.
Aujourd'hui, par un hasard nourri d'une humeur mélancolique, je tombe sur un petit texte lu à l'office. Comme une photographie qui capte une enfance, une mémoire qui requiert le rappel, des souvenirs qui restent vivants parce qu'ils sont partagés, je reproduis ici ce texte.
Posé là sous le vent d'internet pour peut-être y retomber dessus dans un autre hasard.
À Pierre, Jeanne, André et Odette ; je n’oublie pas d’où je viens.
Gignac, le 10 février 2012.
Chère Mamie,
La dernière fois que je t'ai parlé, c'était jeudi. Tu ne comprenais toujours pas quel est mon métier. Si j'avais su que c'était la dernière fois que je te parlais, je t'aurais dit que ça a compté quand, têtu, j'ai voulu rentré seul de Jordanie et que vous m'avez réceptionné ; que j'aimais ces pulls qui grattent que tu tricotais patiemment ; que ça a compté quand tu bravais l'hiver rigoureux pour venir nous garder quelques jours dans l'Aveyron ; que ça a compté quand tu es montée au Calvaire, alors que tu n'aimais pas trop marcher ; que ça a compté quand tu aidais pour ses devoirs cet élève indiscipliné que j'étais ; je t'aurais dit que j'aimais ces boîtes en fer blanc remplies de couronnes, pas trop celles pleines de montécao ; que j'aimais ces festins que tu préparais ; je t'aurais dit que ça a compté tous ces cousins, ces tatas, même si je m'emmêlais les pinceaux sur les filiations, oui j'aimais cette famille que tu rassemblais autour de toi ; je t'aurais dit que ça a compté quand, interne à Montpellier, je venais me requinquer le samedi après-midi ; que ça a compté ces vacances à la Escala ; que ça a compté les quelques fois où tu racontais ta vie, là-bas, en Algérie ; je t'aurais dit que j'aimais te voir faire des mots croisés et jouer à Questions pour un Champion ; que j'aimais tes fous rires à partir d'histoires rocambolesques.
Bref, tu étais ma Mamie.
Si j'avais su que, jeudi, c'était la dernière fois que je te parlais, je t'aurais dit que je t'aimais. Alors voilà, Mamie, aujourd'hui je te dis merci. Merci de m'avoir transmis un peu de cette simplicité, de cette simplicité d'un autre temps.
Adieu Mamie.
